Interview avec Anja Weber: Deux sports, un grand rêve
Anja Weber est une athlète hors normes. Alors que de nombreux sportifs et sportives se consacrent très tôt à une seule discipline, Anja concilie sport d’hiver et sport d’été, ski de fond et triathlon. À 24 ans, cette native de l’Oberland zurichois a déjà remporté deux médailles de Championnats du monde et rêve de Jeux Olympiques – dans deux disciplines. Un entretien sur la passion, les différentes perspectives et la question de savoir s’il faut choisir dans la vie.
Anja, quel a été le moment le plus fort de ton entraînement cette année?
Le moment le plus fort a été à Font Romeu cet été lorsque, au cours d’une longue marche, j’ai spontanément décidé de gravir le pic Carlit. Malheureusement, j’ai ensuite eu beaucoup de courbatures, mais la vue magnifique en a vraiment valu la peine.
Comment perçois-tu le changement d’un sport à l’autre lorsque tu passes de la piste de ski de fond à la route, du ski au vélo?
Pour moi, c’est la combinaison idéale. J’adore les entraînements variés, comme ça, je ne m’ennuie jamais. En plus, le risque de blessures et de surcharge est bien moins important que quand on fait toujours la même chose.
Tu dis ne pas vouloir choisir entre les deux disciplines. Quels sont les principaux défis lorsque l’on court toute l’année?
Avec le ski de fond et le triathlon, j’ai deux saisons que je dois concilier. Le principal défi consiste à planifier tant les compétitions que les entraînements. Il est important de prendre suffisamment de temps pour les bases et les phases de préparation, sinon on néglige l’essentiel lorsqu’on ne fait qu’aller d’une compétition à l’autre.
«Pour moi, c’est la combinaison idéale. J’adore les entraînements variés, comme ça, je ne m’ennuie jamais.»
Quel est pour toi le plus grand avantage?
Je suis très polyvalente. C’est ce qui fait ma force. Ainsi, je suis toujours motivée et je peux pratiquer mon sport avec passion. En outre, beaucoup d’aspects des entraînements se complètent parfaitement.
Dans quelle mesure tes succès en ski de fond influent sur tes performances de triathlète et vice-versa?
Ces deux disciplines tirent largement profit l’une de l’autre. Ce sont deux sports d’endurance et, en même temps, il faut être assez rapide pour s’imposer sur des distances plus courtes. De plus, la pression est un peu moins forte, car, dans le pire des cas, je pourrais toujours opter pour l’autre sport si je commence à avoir des difficultés ou si les succès ne sont pas au rendez-vous.
Tu vises Milan 2026 en ski de fond et Los Angeles 2028 en triathlon. Qu’est-ce que cela signifie pour toi d’envisager de participer tant aux JO d’hiver qu’aux JO d’été?
J’ai toujours rêvé de participer aux Jeux Olympiques d’été et d’hiver en vue de décrocher une médaille. Le fait de pouvoir poursuivre ce rêve signifie énormément pour moi, car très peu d’athlètes y sont parvenus jusqu’à présent.
Tu as suivi une formation commerciale. Quel rôle joue cet aspect de ta personnalité dans ton quotidien actuel?
J’étais extrêmement fière d’avoir terminé ma formation commerciale avec maturité professionnelle auprès de Belimo en coopération avec l’United School of Sports. Cela m’a permis de me concentrer entièrement sur le sport tout en acquérant une base solide pour
l’avenir. Grâce à cette formation, je ressens une certaine sécurité et j’arrive à gérer les nombreuses formalités administratives liées à la vie d’une sportive.
En quoi le fait de passer d’un environnement à l’autre influence-t-il ta vision du sport et peut-être aussi ta perception de toi-même?
J’adore le changement tant au niveau de l’environnement que des gens. Le changement me permet de découvrir de nouvelles facettes de moi-même et de voir le monde sous différents angles.
En triathlon, tu nages sur plusieurs kilomètres en eau libre, en ski de fond tu cours dans le froid. Quel est le plus dur: le froid sur les pistes de ski de fond ou les poumons en feu après un triathlon?
C’est une question difficile. Les deux disciplines requièrent des efforts extrêmes. On ne cesse de repousser ses limites. La différence se situe au niveau des écarts de température. J’évolue entre +37 °C et -20 °C. C’est pourquoi je n’aime pas particulièrement la chaleur extrême ni le froid extrême.
Pour toi, la nervosité avant une épreuve importante est-elle synonyme de stress ou plutôt de motivation?
J’ai souvent accompli mes meilleures performances lorsque j’étais très nerveuse. Ce n’est pas forcément agréable avant le départ, mais une certaine dose de nervosité fait partie du jeu, pour moi en tout cas.
«Le changement me permet de découvrir de nouvelles facettes de moi-même et de voir le monde sous différents angles.»
Qu’est-ce que tu apprécies particulièrement dans les échanges avec tes coachs?
Je suis très reconnaissante de pouvoir compter sur mon coach principal Michi Rüegg depuis plus de dix ans. Il me connaît par cœur. C’est une personne très importante pour moi. Karoline Bråten Guidon (coach Swiss-Ski) compte aussi beaucoup pour moi. Elle est ouverte d’esprit et montre beaucoup de compréhension pour mes deux disciplines.
Comment te décriraient tes amis en trois mots?
Bonne question! Je pense que mes amis diraient de moi que je suis toujours de bonne humeur, positive et parfois un peu têtue.
Aujourd’hui, beaucoup d’athlètes sont les ambassadeurs de valeurs telles que l’égalité, la durabilité ou l’équité. Quels thèmes te tiennent particulièrement à cœur?
Ces trois valeurs sont toutes très importantes à mes yeux, surtout l’équité et la durabilité. L’équité dans le sport est extrêmement importante. Et si nous voulons préserver la beauté et la diversité de la nature, nous devons en prendre soin.
Quel conseil donnerais-tu à la relève?
Tout au long de mon parcours, je suis restée fidèle à moi-même, c’est ce qui compte le plus à mes yeux. Même si beaucoup de personnes voulaient que je choisisse un seul sport, j’ai fait ce qui me faisait plaisir. C’est aussi le conseil que je donnerais aux jeunes athlètes: faites ce que vous aimez faire, le reste suivra!