Antonin Guez, le secteur du bâtiment est mis à contribution pour que l’objectif du zéro émission nette d’ici à 2050 puisse être atteint. D’après vous, quels sont les principaux leviers dans notre branche?
Antonin Guez: Pour répondre à cette question, il faut revenir un peu en arrière. Nous n’atteindrons cet objectif dans le secteur du bâtiment que si les responsables politiques, les entreprises et la société font cause commune. À l’heure actuelle, la pression exercée sur les entreprises pour qu’elles atteignent la neutralité carbone est relativement forte. Les mesures reposent toutefois sur la bonne volonté. Les propriétaires de biens immobiliers sont quant à eux peu incités ou peu poussés à rénover leurs immeubles et à les rendre efficaces sur le plan énergétique. De telles incitations ou contraintes sont cependant indispensables pour atteindre les objectifs. C’est là que doit agir les politiques.
Comment les politiques devraient-ils s’engager plus activement selon vous?
Ils ont deux options: au travers des taxes sur le CO₂*, qui constituent à mes yeux le principal levier, et par des prescriptions et des lois. La taxe sur le CO₂ ne s’applique toujours pas à tout le monde et elle est d’ailleurs très modeste chez nous, en Suisse. Si le gouvernement l’augmentait suffisamment et l’appliquait à tous les secteurs, l’économie de marché se mettrait en branle et tous les acteurs économiques seraient obligés de suivre.
Comment la BKW met-elle concrètement en œuvre cette démarche dans le secteur du bâtiment ?
Nous nous penchons sur divers aspects. Concrètement, la chaleur se situe toujours au centre des préoccupations, car la production de chaleur demeure la principale source de pollution. Nous voulons installer autant de pompes à chaleur que possible et les régler aussi efficacement que possible, ce qui n’est malheureusement pas toujours le cas. Ce domaine recèle un immense potentiel. Nous touchons là à un élément central, celui du choix de nos partenaires. Nous avons besoin de partenaires capables de satisfaire nos strictes exigences de qualité. Choisir judicieusement ses partenaires devient soudain un exercice primordial lorsqu’on réfléchit au fait qu’un bâtiment est systématiquement le fruit du travail de plusieurs corps de métier.
Nous sommes très bien placés grâce au réseau du groupe BKW, qui se caractérise par ses champs de compétences variés et des partenaires triés sur le volet.
Vous avez recours aux compétences de tous les acteurs.
Absolument. Notre activité, comme beaucoup d’autres, dépend entièrement des individus. Du premier contact avec un client potentiel jusqu’à l’achèvement des travaux, nos compétences sont en ligne de mire. Les clients attendent de nous des prestations ciblées et professionnelles. Si nous ne sommes pas suffisamment bons, nous ne sommes pas les partenaires dont ils ont besoin et nous les perdons. Notre réseau est intéressant en ce sens, parce qu’il nous permet d’entretenir des contacts étroits et de promouvoir le transfert des connaissances. Nous profitons d’ailleurs aussi d’excellentes offres de formation à tous les niveaux. Nous développons les compétences requises et assurons la continuité grâce à tous ces outils. La pénurie de main-d’œuvre qualifiée continue néanmoins d’entraver notre progression. Nous ne sommes pas les seuls concernés bien évidemment.
Quel rôle joue l’automation des bâtiments sur le terrain du net zéro?
Un rôle capital. Je m’explique: l’automation des bâtiments permet de surveiller, de commander, de régler et d’optimiser automatiquement des systèmes techniques ou des appareils dans les bâtiments. Il peut par exemple s’agir du système électrique, du chauffage, de la ventilation et du refroidissement. Grâce à des outils modernes d’automation des bâtiments, les installations qu’ils abritent peuvent être pilotées de telle sorte que l’énergie soit utilisée aussi efficacement que possible pour répondre aux besoins des utilisateurs. La contribution potentielle de l’automation des bâtiments à la décarbonation correspond à environ trois à quatre millions de tonnes d’équivalent CO2 d’après les calculs. Autrement dit, l’automation des bâtiments permet de réduire les émissions de CO2 de 15 à 20% dans le secteur immobilier.
Il faut des données pour favoriser l’automation. Or celles-ci prennent de plus en plus d’importance dans votre branche. À quoi servent-elles?
Les données jouent toujours un rôle de premier plan, surtout lorsqu’elles concernent les flux d’énergie. Chaque appareil installé dans un bâtiment est doté de nos jours de points de mesure et délivre donc des données. Nous en revenons là encore à la question des compétences. Collecter des données est une chose, mais les interpréter correctement avec des logiciels, par exemple pour configurer une maison efficace sur le plan énergétique, en est une autre. Cette dernière activité nécessite des professionnels compétents qui font état du savoir-faire correspondant, en particulier lorsqu’il s’agit d’utiliser des outils d’analyse de données et d’intelligence artificielle dont le rôle ne cesse de s’étoffer dans le bâtiment. L’un des projets immobiliers les plus importants de Suisse, qui prend forme sur l’Europaallee à Zurich, illustre à merveille cette problématique. Nous y avons montré comment les données permettaient de piloter au mieux les flux d’énergie et donc de maximiser l’efficacité.
* La taxe sur le CO₂ est un instrument politique visant à fiscaliser les émissions de CO₂ dans le but de les réduire. Vous trouverez davantage d’informations ici.
Des solutions actuelles à l’esprit précurseur pour des espaces où il fait bon vivre
Le changement climatique, la transition numérique et l’urbanisation sont des évolutions qui modifient notre environnement à toute vitesse et nous mettent à l’épreuve. Dans le même temps, des opportunités d’innovation et de nouveaux modes de pensées voient le jour.
L’initiative «Espaces de vie 2025» de BKW propose une plateforme destinée à concevoir collectivement des solutions à l’esprit précurseur pour des espaces où il fait bon vivre. À l’occasion de divers ateliers thématiques, des problématiques concrètes sont abordées avec des parties prenantes internes et externes dans le but de créer des espaces de vie où il fait bon vivre et des approches de solutions innovantes ainsi que de nouveaux projets sont élaborés conjointement L’initiative instaure ainsi un cadre propice à la collaboration et à un dialogue constructif entre les entreprises, les scientifiques, la société et les responsables politiques.
Des experts ont discuté de l’immense potentiel et donc de la pertinence de l’automation des bâtiments visant à améliorer l’efficacité et à réduire la consommation d’énergie lors du premier atelier de l’initiative intitulé «L’automation comme levier de la décarbonation». Leurs efforts ont conduit à la rédaction d’un livre blanc qui clarifie le rôle déterminant de l’automation des bâtiments dans la décarbonation de ce secteur.